Le 28 novembre 2009, à 0:34
Cette différence, si essentielle et si peu remarquée, influe pourtant, d’une manière bien sensible, sur la totalité de leur conduite respective.
Je suis folle de rage. Ce sentiment est détestable. Je fulmine, la colère bouillonne en moi et s’empare de chacune de mes pensées: mais comment peut-on être si EGOISTE? Oh, bien sûr, je devine d’avance comment ce drame grotesque va se dérouler, pour l’avoir joué tant de fois. Dispute, colère, épandage lacrymal, de rage, d’impuissance, de lassitude, de lassitude. Conversation - téléphonique, c’est bien là tout ce dont nous disposons - reproches, voix mièvres, j’abdique.
Chaque fois, j’abdique. Le nombre d’heures que j’ai passées à enrager est incalculable, ce temps perdu, ce temps gâché. Et toujours ses mêmes comportement infantiles.
J’en ai si peu, de temps. Il n’y a plus que le temps du travail, celui où j’apprends, j’apprends, j’apprends. Ce temps-là prend tant de temps, tant et si bien que ma vie dorénavant se résume à cela, Apprendre, et ainsi en sera-t-il durant les cinq, (cinq !) prochains mois. Mais c’est de Moi qu’il s’agit là, de Ma vie et de Mes concours. Et même ici il s’immisce, et même ici il ordonne et coordonne. Je suis vannée. (…)
Je ne sais plus. Le temps, c’est bien cela la clé. Pourquoi lui en octroyer autant, à lui, alors que J’en ai tant besoin ? Crois-je malgré moi à toutes ces niaiseries? Je vais devenir folle, à expliquer et supplier jour après jour, ces mêmes choses, litanie ridicule qui se vide de son sens à mesure que je la lui répète. Je me vide de tout sens, et mes sens me perdent.
Le 28 septembre 2009, à 23:08
Il n’est pas commode de procéder à l’élaboration scientifique des sentiments.
Le ton glacial dont j’usai, l’autre jour, coupant court à ses adorables babillages, me surpris. Je n’étais pas préparée à me sentir si loin de tout cela, si peu concernée par notre petite situation qui m’accaparait, comment disais-je alors, oui, c’est cela, corps et âme, auparavant. Si froide. Oh, j’aurais aimé pouvoir faire l’intéressante et raconter comme la force de ma volonté est impressionnante, comme j’ai réussi, moi toute seule, en si peu de temps, à m’affranchir pour de bon.
Ce serait faux. Je crois que si salut il y a, il ne doit qu’à ce rêve que j’avais fait la nuit précédente. Ce rêve troublant, ce rêve touchant, où il faisait bon, où il sentait bon. Il, oui, mais pas le bon. CeLui-ci était un savant assemblage d’eux tous, de tout ceux. Et un jour durant j’en fus émue, de ces sensations, ces mots, ces mains, ces yeux. Je ne savais plus en me réveillant à qui ils appartenaient mais qu’importe! J’avais vécu, dans le monde onirique, ce que la réalité à présent me refusait, ce doux rêve qui pourtant devrait être, dans les faits. Dans les mots, dans les regards, dans les sensations. Et dans les sentiments.
Puis, durant quelques heures nous rîmes beaucoup - entre autres. Mais il me semble que cette fois fut une moindre fois. Et que je reviens, doucement, à la vie; la vraie vie. Celle où on est raisonnable.
Le 18 septembre 2009, à 23:45
et elle sentait entre elle et lui comme un voile, un obstacle, s’apercevant pour la première fois que deux personnes ne se pénètrent jamais jusqu’à l’âme, (…) chacun de nous reste éternellement seul pour la vie.
Deux mois, déjà. J’ai été voir le bout du monde, puis je suis revenue. Alors tout a recommencé, comme avant. Pire qu’avant. Les jérémiades interminables, interminées, qui nous tiennent éveillés jusqu’au petit matin, les sentiments fatalement antinomiques exacerbés par la quiétude nocturne. Les pensées qui s’affolent. Nous sommes devenus tout ce que je redoutais; nous sous-entendons, nous bluffons, nous insinuons, nous jouons et ce n’est même pas drôle. Et chaque fois je finis par abdiquer, pleure, et ça n’en finit pas. Et j’ai si mal, et je lui en veux de me faire si mal; et je m’en veux de l’avoir tant fait souffrir.
Je voudrais qu’il comprenne, et mieux, je voudrais qu’il sache. S’il savait! Oui, s’il avait une idée de tout ce qu’avec nos futiles querelles nous sommes en train de gâcher. Si seulement il savait pour quoi nous anéantissons TOUT. Nous, dis-je bien, NOUS. Peut-être me trompe-je. Sans doute n’avait-il pas tant besoin de moi qu’il me plaisait de le penser, et était-ce moi toute seule qui bien volontiers me suis laissée allée à tout lui accorder. A tel point qu’aujourd’hui, seule, je n’ai pas la force. J’ose d’ailleurs croire que lui non plus, finalement. Mais je souhaite si fort que tout cela cesse. Et par tout cela, j’entends cette souffrance récurrente, j’entends les pleurs et les yeux gonflés, rouges et gorgés de fatigue, j’entends les échanges malsains et destructeurs, aux lendemains bien pires encore que ceux de mes inconséquences d’antan. Bien pires.
Be worth it, avais-je imploré.
Le 29 juillet 2009, à 17:28
Car chaque coeur s’imagine ainsi avoir tressailli avant tout autre sous une foule de sensations qui ont fait battre ceux des premières créatures et feront palpiter encore ceux des derniers hommes et des dernières femmes.
Les grandes personnes deviennent toutes petites à mesure que je grandis. Ces défauts mesquins dont je les croyais exemptes, tant je les admirais, sont tout autant leurs que miens. Les années ont beau s’être écoulées, ce sont toujours les messes basses, les rivalités puériles qui animent les uns et les autres. Seuls les mots changent. Cela me fatigue; et m’angoisse. N’y a-t-il donc aucune autre issue possible à ces histoires sans queue ni tête?
J’abhorre les compromis; je refuse que ma vie en soit un. Je refuse d’arrêter de m’efforcer de m’élever; je refuse qu’il ne soit pas comme je me l’étais imaginé. Au cours de cette dernière année, j’ai progressé, j’en suis certaine. Mais pour cela, j’ai eu besoin de tant de choses, dont certaines, je commence à m’en douter, n’étaient qu’en apparence. Qu’importe, j’en disposais. Malsain, quelqu’une a dit malsain, et j’ai répondu non, mais je ne sais plus trop. La perfection, l’absolu, le grandiose, c’est épuisant. Pourquoi, après tous ces efforts, pourquoi tout semble-t-il si morne?
Le 6 mai 2009, à 23:24
Je me demande si elle ne souhaite pas quelques fois d’être délivrée de cette douleur monotone, (…) si elle ne souhaite pas de souffrir un bon coup, de se noyer dans le désespoir.
Le pire dans tout ça, c’est qu’on m’avait prévenue. Que j’avais besoin d’être apaisée, ce genre de choses. C’était il y a bientôt un an, et pourtant j’ai toujours le même problème. Diverses obsessions me gagnent, sévissent férocement quelques heures, quelques jours durant, puis s’éteignent. Sont remplacées par les suivantes. Non, c’est certain, je ne suis pas sereine. Cet après-midi encore s’est déroulé sans que je m’en aperçoive, malgré moi. C’était la terreur sourde, l’angoisse aveuglante. Je passe ainsi des heures à combattre des chimères, mais le Malaise persiste toujours.
Il revient souvent. L’autre nuit, ce type répugnant qui se traînait péniblement réussissait, à chaque fois, à démolir la porte. Tu sais, celle de là où je me trouvais ! Et chaque fois, je tremblais d’épouvante et d’impuissance à l’idée qu’il me touchait, à l’idée de ses mains qui m’enserraient, puis à d’autres idées trop pénibles à relater. Et puis chaque fois, lorsque l’horreur qu’il m’inspirait devenait insoutenable, je me réveillais, en sueur, en larmes. Me rendormais. Et tout cela recommençait, la pièce, les barricades défoncées, le type, ses mains. L’autre nuit, le Malaise c’était lui.
Cet après-midi, le Malaise c’était une autre, mais après tout peu importe. Qu’elle ne se sente pas trop importante, surtout, si par hasard un jour elle l’apprend, que toutes les représentations que je me fais d’elle ont réveillé ces angoisses dans mon esprit, dont je ne sais me défaire. Qu’elle m’effraie, m’intrigue, m’impressionne et me fait pitié à la fois. Oui, tout ça.
Et tout ça pour quoi ? Je n’arrive plus à expliquer logiquement ces accès de panique. Plus de raisons, même plus d’excuses. Tout va bien en ce moment, vraiment. Alors j’invente. Je m’efforce de soutirer à mon imagination quelques outils pour mieux me tourmenter, puisque l’existence refuse depuis quelque temps de m’en fournir aucun. Je ne comprends pas. Je ne fais pas exprès, mais on ne fait jamais exprès, n’est-ce pas.
Le 6 avril 2009, à 2:31
Peut-être bien, après tout, que c’était une petite crise de folie. Il n’y en a plus trace. Mes drôles de sentiments de l’autre semaine me semblent bien ridicules aujourd’hui:…
Comme je le disais donc, je m’y rendis. Et ce fut un désastre.
Nous l’avions bien pressenti; malgré les avertissements pleurnichards, malgré les naïves propositions et autres revendications hasardeuses, rien n’avait changé. C’étaient toujours l’atroce frustration qui m’emplissait, le Manque qui hissait chacune de mes pensées désormais embrumées au faîte d’un courroux chaque instant plus malsain, à mesure que les motifs de contrariété s’amoncelaient. La pyramide des Doléances ainsi fébrilement échafaudée avait déjà menacé, à plusieurs reprises, de s’écrouler au cours des précédents jours - semaines. Mais le problème avait été bien vite oublié, et l’on s’était contenté de rafistoler cet amas saugrenu d’un sommaire examen superficiel.
Cette nuit-là, alors que les idées perdaient leur sens, l’absurde complexité que nous nous étions efforcés d’alimenter dans nos relations, elle, m’apparaissait plus clairement encore, ainsi que toutes ces contrariétés superflues qui accaparaient tout notre temps, éclipsant ces choses dont je raffolais tant, avant. Compliqué, tout est si compliqué, pourquoi cela devrait-il toujours l’être? Pour être honnête, je n’avais pleinement réalisé cela que quelques instants auparavant, lorsque le spectacle de cette charmante simplicité, qui ne pouvait être feinte chez ces autres, avait achevé de me convaincre que ce n’étaient pas des chimères, que je poursuivais. Nous avions bel et bien un problème.
Mais hurler mon impuissance ne changera rien, exhiber ma tristesse, constater ma lassitude ne provoquera, au mieux, que cette interrogation ridicule. Très bien; je deviendrai toute-puissante, me montrerai heureuse et pleine d’entrain. Ne laisserai plus aux interrogations ridicules l’occasion d’être formulées. Les tracasseries inutiles m’EMMERDENT tant, je ne supporte pas les tourments superfétatoires, et le malheur me donne si mauvaise mine; désormais, tous trois m’indiffèrent.
…je n’y entre plus. Ce soir, je suis bien à l’aise, bien bourgeoisement dans le monde.
Le 30 mars 2009, à 12:17
Elle revint nonchalamment.
C’est décidé. J’irai. Je voudrais bien pouvoir dire que rien ne compte, après tout, que je les emmerde tous et que je m’EN FOUS. Mais ce n’est pas vraiment le cas. Ca compte toujours tellement, beaucoup plus qu’il ne le faudrait. Je vais reprendre ma vie en main, c’est ainsi qu’on dit ça n’est-ce pas?
Les to do lists s’allongent de ces tâches apparemment simplissimes, mais qui dans mon esprit revêtent cette teinte d’Insurmontable. L’oisiveté me plaisait tant. Les grandioses déclarations encensant la volonté dissimulent si mal mes inclinations méprisables à suivre, subir, ME PLAINDRE. Peu importe, finalement, qui est à blâmer dans cette histoire. Ce printemps ne verra pas se réitérer les pathétiques états apathiques dans lesquels je me trouvais l’année passée. Non, aujourd’hui tout va mieux, voilà pourquoi tout ira bien.
Alors, puisque l’ivresse des premiers temps s’est dissipée, puisque toutes mes forces conjuguées ne semblent suffire à la retrouver, et puisque je semble bien être la seule à en être attristée, qu’à cela ne tienne. J’userai de tous les artifices dont je dispose - et il y en a beaucoup - tous, et à nouveau je tournoierai sur les sommets. Seule, ou mal accompagnée; qu’importe?
C’est décidé, oui. J’irai.
Le , à 0:21
Pour exprimer le désespoir où son amant l’avait plongée la veille, elle disait: “Dès qu’il est parti, je suis allée vomir.”
Je me trouvai bête, et ne sus par où commencer. Alors je me contentai de bafouiller quelques mots, agaçants une fois encore, reçu pour toute réponse un reproche dissimulé par sa voix fatiguée; bonne nuit - bonne nuit.
Et pourtant ça reste là, ça a grondé dans ma poitrine durant deux jours, et je sens que c’est tout près de s’échapper violemment, une multitude de reproches, mais j’aimerais mieux que six cents kilomètres et un déréglage hormonal ne s’interposent pas entre nous lorsque j’aborderai le sujet. D’où mes interrogations pressantes, d’où son sentiment d’oppression, et le reste.
Je ne sais même pas ce que j’ai à dire. Tout ça, c’est de ta faute? Mais ça ne l’est pas. De la mienne? Certainement, mais je ne sais pas faire autrement. C’est idiot, je suis décidément bien sotte. Encore une enfant, lorsque j’exige tout, tout de suite. Est-ce vraiment ma faute, alors, si j’en ai tant besoin? Si, croyant faire en sorte que tout se passe bien, dédaignant ce que je ne jugeais pas important, j’ai tout cédé, et de bon coeur qui plus est? Voilà qu’aujourd’hui je regrette, me dis que j’ai fait tout ça pour rien, rien en échange. Et c’est bien là que réside le malaise: rien ne m’était dû, alors je n’aurai rien. Mais moi, j’ai déjà tout abandonné.
Et maintenant, que faire? Oh, c’est tellement peu crédible, toute cette mise en scène pour finir par surtout ne changeons rien. Mais je suis si perdue, et je me sens si seule et je l’ai bien cherché alors à qui m’en plaindre?
Le 23 mars 2009, à 23:23
Révérée - plus que la vie.
J’ai recommencé. C’est si moche, j’avais oublié.
Chercher, et puis bien sûr trouver. Je me fais mal, et remue intentionnellement les couteaux dans ces plaies que j’ai moi-même ouvertes d’un coup d’oeil malsain. Je suis malsaine. Et j’angoisse à mort. Pour des choses si puériles. Je ne suis même pas assez raffinée pour me préoccuper d’autre chose que de moi-même. Ca me tue. MOI. Si encore, à son image, c’étaient de Grandes Choses qui me tourmentaient, des Idées pour lesquelles j’allais jusqu’à perdre le sommeil, et jusqu’à perdre la raison comme je crois bien qu’il le fait.
Et d’ailleurs ça m’emmerde. Ca m’emmerde d’être si basse, creuse, superficielle, insignifiante, quoi que je veuille laisser croire, à moi-même comme aux autres. Je ne suis qu’une petite merdeuse que son nombril obsède en permanence. Je voudrais des fleurs et du soleil et des voyages, des viennoiseries, des éclats de rires et des poèmes, je voudrais toujours que tout soit Parfait et que je, nous, soyons Sublimes et ne sais me résigner à l’idée que décidemment, non, je ne suis pas une Princesse.
Et que parfois, les princes charmants ont du travail, qu’ils ont une vie, que celle-ci fut bien remplie avant, qu’elle le sera sans doute après, et qu’elle ne tourne pas autour de MOI MOI MOI.